En 2024, impossible d'échapper aux Jeux olympiques et paralympiques de Paris. Mais au-delà des athlètes et des épreuves, un autre jeu se déroule en coulisses : celui des marques. Un grand événement sportif est en effet l'une des plus formidables vitrines marketing qui soient, et comprendre pourquoi vous aidera à saisir des mécanismes que vous retrouverez dans toute votre carrière.

Commençons par le mot central : le sponsoring, que l'on appelle aussi parrainage. Une marque verse de l'argent, ou fournit des produits et des services, en échange du droit d'associer son nom à l'événement. Pourquoi payer parfois très cher pour cela ? Parce qu'un événement comme les Jeux véhicule des valeurs fortes, l'effort, le dépassement, l'excellence, le rassemblement, et que la marque espère qu'une partie de ces valeurs va rejaillir sur elle. En s'affichant aux côtés des Jeux, une entreprise ne vend pas seulement un produit, elle raconte une histoire et cherche à être aimée. C'est ce que l'on appelle travailler son image de marque.

Tous les partenaires ne sont pas au même niveau, et c'est une distinction importante. Les organisateurs construisent une pyramide de partenariats. Tout en haut, un petit nombre de partenaires mondiaux disposent d'une exclusivité dans leur secteur et d'une visibilité maximale. En dessous, des partenaires nationaux, puis des fournisseurs officiels, bénéficient de droits plus limités. Cette hiérarchie n'est pas un détail : elle organise la rareté. Plus un statut est élevé et rare, plus il se paie cher, exactement comme une place au premier rang coûte plus qu'une place au fond de la salle.

Face à ces partenaires officiels, il existe un phénomène que vous devez connaître : le marketing d'embuscade, ou ambush marketing. Il désigne les techniques par lesquelles une marque non partenaire cherche à profiter de l'attention créée par l'événement sans en payer les droits. Une publicité qui évoque l'esprit sportif au moment des Jeux, une opération dans une ville hôte, un clin d'oeil visuel bien choisi : tout est bon pour s'inviter dans la conversation sans jamais utiliser les symboles protégés. Les organisateurs luttent contre ces pratiques, car elles dévaluent ce que les partenaires officiels ont payé au prix fort. Voilà un bel exemple de la frontière parfois fine entre créativité marketing et respect des droits.

L'argent ne fait pas tout, et c'est peut-être la leçon la plus utile. Payer pour accoler son logo à l'événement ne suffit plus. Les marques cherchent aujourd'hui à faire vivre une expérience, c'est ce que l'on nomme l'activation. Une boutique éphémère, une animation dans la rue, un jeu-concours, un contenu sur les réseaux sociaux, une collaboration avec un athlète suivi par des millions de personnes : l'objectif est de transformer une simple présence en souvenir et en émotion. Une marque réussit son sponsoring non pas quand on a vu son logo, mais quand on se souvient d'avoir vécu quelque chose grâce à elle.

Une question revient toujours du côté des entreprises : tout cela en vaut-il la peine ? Investir dans un partenariat représente des sommes importantes, et une marque doit pouvoir en mesurer les retombées. On regarde alors plusieurs indicateurs : la visibilité obtenue, c'est-à-dire le nombre de fois où la marque a été vue, l'évolution de sa notoriété, la manière dont son image a bougé dans l'esprit du public, et parfois l'effet sur les ventes. Mesurer le retour d'une opération de sponsoring reste un exercice délicat, car un achat n'est presque jamais dû à une seule cause. Retenez néanmoins ce réflexe professionnel : une dépense marketing se justifie toujours par des objectifs que l'on cherche à évaluer.

Impossible aussi d'ignorer le rôle des sportifs eux-mêmes. Les athlètes les plus suivis sont devenus de véritables médias : une publication sur leurs réseaux peut toucher des millions de personnes en quelques heures. Les marques l'ont bien compris et nouent avec eux des partenariats individuels, distincts de ceux passés avec l'organisation. C'est une forme de marketing d'influence appliquée au sport. L'occasion de comprendre que la valeur ne se trouve pas seulement dans l'événement, mais aussi dans les personnes qui l'incarnent et dans la relation de confiance qu'elles entretiennent avec leur public.

Les Jeux paralympiques ouvrent enfin un champ que les marques prennent de plus en plus au sérieux. En s'y associant, une entreprise met en avant des valeurs d'inclusion et de diversité, à condition que la démarche soit sincère et durable, et non un simple coup de communication. Car il existe un revers du décor : associer sa marque à un événement, c'est aussi lier son image à tout ce qui peut s'y produire. On parle de sécurité de la marque. Une difficulté imprévue, un incident, un partenaire mal choisi peuvent rejaillir sur elle. Le sponsoring n'est donc jamais sans risque, et c'est précisément pour cela qu'il se prépare et se pilote avec soin.

Ce sujet vous concerne à double titre. D'abord parce que le sport et l'événementiel sont des débouchés professionnels réels, où l'on a besoin de personnes capables de monter des partenariats, de gérer des opérations et d'animer des communautés. Ensuite parce que les mécanismes à l'oeuvre autour des Jeux se retrouvent partout : un festival, un salon, une compétition locale, l'inauguration d'un site touristique fonctionnent selon la même logique. Savoir lire une opération de sponsoring, c'est disposer d'une grille d'analyse valable pour une multitude de situations.

Gardez donc un regard curieux et critique sur ce que vous verrez cette année. Quand une marque s'affiche autour des Jeux, demandez-vous : est-elle réellement partenaire ou joue-t-elle l'embuscade ? Que cherche-t-elle à faire ressentir ? Se contente-t-elle d'un logo ou propose-t-elle une véritable expérience ? En prenant l'habitude de poser ces questions, vous ne subirez plus la publicité, vous apprendrez à la décoder, et c'est déjà un premier pas vers le métier.